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Conte du Mexique

LA CREATION
Du Soleil et de la Lune

Au Commencement du monde, tout était froid, sombre et sans vie
Ce spectacle toujours triste, et qui s'étendait à perte de vue, rebutait les dieux. Alors, ils se réunirent dans la plaine sacrée appelée Teotihuacan, pour prendre une décision.
  • L'un d'entre nous doit se sacrifier pour apporter lumière et chaleur sur Terre. Qui s'en montrera digne ? S'interrogèrent-ils.

La divinité Tecuciztecatl s'avança avec fierté au milieu de tous.
  • MOI ! Déclara-t-il avec ardeur.
Les dieux étaient ravis qu'il veuille remplir cette tâche, car Tecuciztecatl était riche é puissant. De plus, sa force et sa beauté étaient sans égales.
  • Nous saluons ton courage, commenta un des dieux, le monde est si vaste et si obscur ! Quelqu'un d'autre veut-il se présenter et défier Tecuciztecatl ?
Les dieux se regardèrent, certains baissèrent les yeux, montrant ainsi qu'ils n'avaient pas envie de concourir.
Il fallait tellement de volonté pour fonder le soleil, source de vie et de lumière ! Ils craignaient d'échouer, d'être la risée de tous. Ils commencèrent à se justifier tous en même temps, chacun expliquant les raisons de son refus. Quel chahut !
Soudain, le plus petit et le plus laid des dieux rejoignit celui qui avait accepté le défi. Il leva le bras et demanda la parole :
  • Je serais celui qui sera face à Tecuciztecatl !
Une grande partie de l'assemblée s'esclaffa.
  • tu es drôle, Nanahuatzin. As-tu oublié la bosse sur ton dos ?
  • Laquelle de tes qualités illuminera le ciel ? Ha, ha, ha !
  • Laissez-le allez avec Tecuciztecatl, si tel est son désir ! S'écria l'un d'entre eux, enfin soulagé qu'il y ait un candidat pour cette tâche prodigieuse.
Il fut donc décidé que Tecuciztectl et Nanahuatzin illumineraient la Terre par leur sacrifice. Ils commencèrent d'abord par un jeûne de quatre jours pour se purifier.

Sans tarder, les autres divinités allumèrent un immense feu sacré sur l'autel. Les flammes s'élevaient en crépitant, elles montaient si haut qu'elles touchaient les nuages.
  • Tecuciztecatl et Nanahuatzin, approchaient vous et faites vos sacrifices ! Clamèrent-ils.

Tecuciztecatl , suffisant et sûr de lui, se présenta dans un magnifique habit doré. Il portait dans ses mains des bijoux en or et des obsidiennes, qu'il jeta dans les flammes. Puis, sous le regard admiratif de l'assemblée, il y ajouta de magnifiques plumes de quetzal, qui furent aussitôt aspiréedans le souffle du brasier.
  • Mes frères, offrir des objets ordinaires, comme de la paille ou du bois, à ces flammes sacrées aurait été indigne de moi ! Je ne suis pas un dieu ordinaire ! S'exclama-t-il, dédaigneux, en toisant son rival.

Nanahuatzin, lui, boitilla vers le feu sacré. Le dos courbé par sa bosse, il y lança, trois fois de suite, trois tiges de roseau attachées entre elles. Lorsque ses neuf tiges furent consumées, il y fit rouler des boules de mousse et d'épines.
  • De bien modestes pacotilles pour faire régner la lumière ! Se moqua Tecuciztecatl.
  • Le sacrifice de ton frère a autant de valeur que le tien ! Tonna une des divinités.

Ensuite, Tecuciztecatl et Nanahuatzin entamèrent leur jeûne et leur pénitence, pendant que les autres dieux érigeaient deux grandes pyramides.
Quand la période de purification prit fin, les deux concurrents s'installèrent chacun au sommet d'un des édifices, pour se préparer au sacrifice.

Les dieux allumèrent un autre grand feu et ordonnèrent aux deux divinités de quitter les pyramides et de se présenter devant eux.
Tecuciztecatl portait un costume splendide, brodé de plumes exceptionnelles, et une coiffe multicolore. Le pauvre bossu n'avait qu'une simple robe, de couleur marron et sans aucun ornement.

Les deux candidats se mirent face à la violente fournaise. La fumée noire les enveloppa; suant, les yeux rouges, ils se jaugèrent.
  • Êtes-vous prêts, toi, Tecuciztecatl, et toi Nanahuatzin, à donner vie au soleil ? Demandèrent les dieux.
Ils hochèrent la te tous les deux avec détermination.
Alors les dieux les entourèrent et chantèrent d'une voix sourde dans la chaleur suffocante :
  • Tecuciztecatl, entre dans le feu !
Celui-ci remplit d'air ses poumons et avança vers le bûcher. Mais lorsque les flammes léchèrent ses pieds, tout tremblant, il recula ausitôt.
  • Hoo ! S'écrièrent des voix, déçues, autour de lui.
  • Tecuciztecatl, entre dans le feu ! Grondèrent les dieux en tambourinant sur le sol de leurs pieds.
Alors il marcha d'un pas décidé mais, au contact du souffle brûlant, il renonça.
  • Tecuciztecatl, entre immédiatement dans le feu ! Menacèrent ses frères.
Cette fois, résolu de plonger dans le brasier, il bomba le torse et s'élança. Son élan s'arrêta avec sa peur !
Honteux, il évita les regards furieux qui se posaient devant lui.
Sans se raisonner, il fit une nouvelle tentative, mais ses jambes se dérobèrent sous lui. Il réalisa qu'il était incapable d'entrer dans cette chaleur étouffante.
C'était son quatrième et dernier essai.

Soudain, le silence s'installa.
Tous les dieux se tournèrent vers le chétif et difforme Nanahuatzin.
Celui-ci, en claudiquant, sans un mot, sans hésiter, se précipita vaillamment dans la fournaise.
Nanahuatzin disparut dans les flammes sacrées.

Les dieux, perplexes, s'interrogèrent du regard. L'obscurité était toujours là. Pendant longtemps, ils scrutèrent le ciel.
« De quel côté apparaîtra la lumière ? Au nord, au sud ...? » se demandaient-ils.

Enfin, à l'Est de la Terre, un grand astre écarlate éclaircit l'horizon.
Ce fut la première aurore du monde.

Nanahuatzin avait offert son souffle de vie pour devenir soleil.

Consterné par ce magnifique disque scintillant et impressionné par le courage de ce dieu malingre,
Tecuciztecatl se jeta à son tour dans le feu. Mais les flammes avaient perdu de leur force.
Tecuciztecatl rejoignit néanmoins Nanahuatzin.

Aussitôt un autre disque plus petit apparut derrière le soleil. C'était la lune.
  • Non ! Non ! Nous n'avions pas convenu de cela ! Protestèrent les dieux.
  • Tecuciztecatl est un fanfaron ! Il doit être puni pour sa lacheté.
  • Il est malhonnête et jaloux ! Il a échoué, et maintenant c'est trop tard ! Voyez, nous avons deux astres, il y a trop de lumière !
Agacé par l'attitude de Tecuciztecatl , un des dieux saisit par les oreilles un lièvre qui passait tout près.
Il le projeta de toutes ses forces vers la lune. L'animal s'y écrasa et la surface du disque lunaire se fendilla et se ternit. Elle perdit de sa superbe à tout jamais.

Le soleil et la lune restèrent dans le ciel, sans vie et sans bouger.
Bientôt, la chaleur du soleil commença à brûler le sol, à ébouillanter les eaux, qui peu à peu s'évaporaient.
  • Tecuciztecatl, et toi Nanahuatzin ont créé deux astres par le souffle de leur vie. Mais ce monde est immobile !
  • C'est à nous, maintenant, de nous sacrifier pour le mettre en mouvement !
  • Nous acceptons ce sacrifice, répondirent-ils tous ensemble. Les dieux meurent pour mieux renaître !
Sans hésiter, il se tuèrent pour offrir leur sang sacré.

Alors les astres se mirent en mouvement.
Le soleil débuta sa course autour de la Terre, d'est en Ouest, suivi de la lune.
Le monde découvrit l'éclat du jour, l'obscurité de la nuit, et c'est ainsi qu'apparut sur Terre le cycle de la vie.

Source :
Contes du Mexique, édition Milan